Ma dernière lâcheté

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J’ai mal au ventre. Je suis à bout! À bout de moi, à bout de la vie!

Je suis incapable d’affronter une autre lâcheté, mes lâchetés.

Tu es née le 6 décembre 1989, au soir d’une tuerie innommable, seconde lâcheté.

J’avais tout vu, camouflée sous un pupitre. J’avais vu tomber les filles une à une, comme des feuilles d’automne ballottées par la tempête, des marionnettes aux ficelles coupées. Les cris d’horreur de mes compagnes abattues comme du bétail déchiraient mes tympans; les vociférations d’un fou incapable de voir les femmes s’émanciper me glaçaient le sang. J’avais si mal au ventre. Mon ventre voulait éclater. Pourquoi ne suis-je pas morte comme 14 d’entre elles?

Ce 6 décembre 1989, je suis à l’hôpital, il est 23 h 49, tu viens de naître. J’ai été transportée d’urgence lorsque les policiers ont réussi à me déterrer de ma torpeur. Les médecins ont bien tenté d’arrêter le travail d’une naissance hâtive, sans succès. Tu es née, prématurée, maigrichonne, rachitique. Tu pesais à peine quatre livres et l’incubateur viendrait à ta rescousse pour t’apprendre à respirer. Je crois que tu étais blonde, que tes yeux étaient bleus. Je le crois. Je t’ai à peine vue. Je ne voulais pas te voir. Je ne voulais pas te connaître. Les infirmières ont bien tenté, le lendemain matin, de nous présenter l’une à l’autre, mais je ne voulais pas. Je ne voulais pas tenir dans mes bras une grenade prête à m’éclater au visage. Je ne voulais pas toucher au vermisseau puant l’abus, au chardon qui m’a déchiré les entrailles durant cinq mois. Je leur ai dit que je ne te voulais pas. De te donner. À qui te voudrait. Tu es entrée chez moi par la violence, par la haine, par le mépris. Une mine antipersonnel qui exploserait au moindre faux mouvement de ma part. J’étais si lâche!

Je revenais comme d’habitude par le sentier à travers le petit boisé. J’ai perçu une ombre, une bête féroce, tous crocs sortis. Je sentais son excitation, son pas s’approchant du mien même si je l’avais accéléré. Et le chacal s’est rué sur la jugulaire de l’agneau en resserrant sa poigne sur ma gorge.

Il m’a renversée.

Un grossier personnage! Il faut être minable pour ne pas avoir la décence de se présenter avant d’entrer dans l’intimité d’une personne. La hargne dans ses yeux m’a déchiré l’âme. Le guerrier m’a dépecé les entrailles avec sa lance de feu, repu de sa bestialité ordurière. De sa botte il a estampillé sa domination, l’écrasant comme un mégot sur mon bas-ventre. Il m’a craché au visage avant de se volatiliser dans la pénombre. J’étais déchiquetée, victime d’une première lâcheté.

J’ai pleuré toute la nuit, et tout le lendemain, et sans fin. J’ai pleuré. J’ai pleuré de grande peine parce qu’on avait violé mon intimité; j’ai pleuré de grande souffrance parce que le ventre me brûlait; j’ai pleuré de grande colère contre ce malotru sans scrupule dont je n’avais même pas vu le visage, même pas su le nom. J’ai pleuré sur ma condition de femme, trop souvent bafouée.

Je t’ai portée, tant bien que mal, plutôt mal que bien, sans aucun plaisir, dégoûtée. Je ne voyais rien de stimulant aux nausées, rien d’enrichissant à ta venue, rien de réconfortant à te prendre dans mes bras. J’étais incapable de t’aimer, toi, fruit d’un secret inavouable: celui du pouvoir d’un homme sur une femme. Ah! Lâchetés maudites! La sienne et la mienne!

Ce soir du 6 décembre, mes parents se sont affolés comme tous les Québécois, suite aux nouvelles rapportées. J’étais à Polytechnique; étais-je l’une des femmes assassinées? Tard dans la soirée, ils ont réussi à savoir où je me trouvais. À la première heure, le lendemain matin, ils se sont retrouvés dans ma chambre à l’hôpital, venant s’enquérir de ma santé. Ils avaient appris. Ils se confrontaient à leur rôle de grands-parents, à cette réalité dont ils n’avaient jamais entendu parler. Ils n’avaient pas encore fait ta connaissance.

– Je ne veux pas garder ce bébé.

– Ben voyons Pitchoune, tu files un mauvais coton. Tout va rentrer dans l’ordre. Tu vas voir, tu vas l’aimer.

Ils étaient étonnés de ne pas encore connaître le père. Quel père?

Tu es restée à l’hôpital. Tu avais besoin de soins pour atteindre le poids valable avant d’être admise dans la société civilisée dans laquelle nous vivions.

Cela a donné le temps à mes parents et à Françoise, ma marraine, de tenir conciliabule. Toutes les démarches ont été faites pour que tu sois adoptée et j’ai signé les papiers. Au moment opportun, je t’ai laissée partir dans les bras de Françoise, sans chagrin, sans aucun remord. Je ne t’ai jamais voulue. Tu étais cette petite chose ignoble qui était passée dans ma vie, pour laquelle je ne manifestais ni affection, ni désir, ni attrait, que de l’aversion. J’étais terrée dans cette peur qui m’avait transpercée ce soir de juillet. Il faisait toujours noir, c’était toujours la nuit.

J’ai tenté de reprendre mes cours en janvier au milieu du champ de bataille où subsistait l’odeur de chair trouée de balles, des cris de haine et de terreur résonnant sans cesse dans ma tête. J’ai tenté.

En mars, dans la grisaille de mars, à la fin de cet affreux mois d’hiver où tout est gris, tout est miteux, tout est sale, tout pue la fin d’une saison qui n’en finit plus, tout mène au désespoir, j’y suis allée.

Tapie dans mon cagibi, j’ai détaillé mon plan, avec la seule idée d’en finir. Après t’avoir écrit ce mot, c’en sera fait.

Un jour, tu auras 22 ans, l’âge auquel je tourne la dernière page de ma vie. Tu auras 22 ans, le cœur ouvert à l’amour, les yeux dévorant les apprentissages, les bras tendus vers des horizons à conquérir. Un jour, tu auras 22 ans, l’âge pour dire oui à la vie, l’âge des espérances et des accomplissements. Un jour, tu auras l’âge que j’avais en ce 6 décembre 1989. J’étais rayonnante, talentueuse, éprise de liberté, décidée à gravir les échelons qui feraient de moi une ingénieure en aérospatiale. J’allais réaliser mon rêve de fillette, celui de m’accomplir dans un univers qui me fascinait: explorer l’espace. Rien de moins.

L’univers de tes 22 ans aura quelle teinte? Dans vingt ans, seras-tu une femme sans crainte de traverser des boisés à la brunante? Seras-tu appréciée pour tes qualités intellectuelles, tes talents d’organisatrice, tes capacités à diriger le pays? Quel monde t’attend dans vingt ans? Celui de la reconnaissance ou de la condescendance? Un monde d’égalité et d’équité ou de disparité? Tes réflexions, tes interrogations, tes revendications seront-elles muselées ou serviront-elles de tremplin pour un mieux-vivre ensemble?

Je voudrais tant que cette hécatombe du 6 décembre 1989 déclenche une prise de conscience sur la place qu’on laisse aux femmes, sur les rapports harmonieux qu’on tente de créer entre les hommes et les femmes dans la sphère publique autant que dans la vie privée. Je souhaite que plus jamais, sur cette terre, un homme humilie, batte, tue une femme parce qu’elle est une femme.

Ces lâchetés m’ont achevée. Je suis devenue une loque. Je me ronge les ongles, j’ai les yeux bouffis faute de sommeil, gonflés par les pleurs intarissables dans lesquels je me noie un peu plus chaque jour. J’ai peur, je crains les pas derrière moi, je sursaute au moindre éclat de voix. Je longe les murs, la tête entre les épaules, le dos voûté. Je ne respire plus.

Tantôt, je scellerai ce petit cahier fleuri en espérant que toi seule en brises le sceau; tu comprendras alors que personne d’autre cette fois n’aura violé mon intimité. Toi seule y a droit. Je le rangerai dans mon tiroir, sous mes vêtements, pour qu’il soit trouvé le plus tard possible. Ensuite, je reviendrai dans la cuisine, j’allumerai le gaz et je m’assoirai. Je déposerai ma tête sur mes bras croisés en coussin nuageux. Je m’abandonnerai. Je me laisserai gazer jusqu’à ce que la flamme meure, éteinte comme celle de mon âme. Ce sera ma plus grande lâcheté.

Et pour la première et la dernière fois, je t’embrasse.

Plaque sur le mur extérieur de l’École polytechnique commémorant les 14 victimes de la tuerie.
(photo extraite du texte sur Wikipédia)

© Véronique Morel 2019, texte et photos

ATTENTION: Si quelqu’un de ton entourage pense s’enlever la vie, ou si toi-même tu planifies ce geste, je t’en supplie, appelle le 1-866-277-3553, peu importe l’heure ou le jour de la semaine. Une personne t’écoutera et t’aidera.

NOTE : L’ébauche de ce texte remonte à décembre 2009, vingt ans après le massacre de Polytechnique. Aujourd’hui, je m’autorise à le publier parce que la commémoration de l’événement me chavire. Je lance ce cri du cœur pour qu’enfin cesse la violence faite aux femmes. Serons-nous entendues?

Marché de Noël dans ma « salle de jeux »

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La résidence Les Appartements du Square Angus organise un marché de Noël.

J’aurai le bonheur de tenir kiosque pour y vendre et dédicacer mon recueil de nouvelles Courtepointe de vitraux – Catherine de Saint-Augustin, hospitalière en Nouvelle-France. Vous avez un échange de cadeaux au travail? Pensez Courtepointe de vitraux; le collègue s’en étonnera! On vous invite à souper? Remerciez vos hôtes avec Courtepointe de vitraux; ils se réjouiront de découvrir une autrice talentueuse! Il manque un petit quelque chose à maman qui ne manque de rien? Comblez-la avec Courtepointe de vitraux; elle aimera le lire installée dans son fauteuil, le châle sur les épaules et Minou ronronnant à ses pieds. Et l’ado? N’oublions pas l’ado! Les histoires romancées de Courtepointe de vitraux, inspirées de faits vécus, le captiveront. En d’autres mots, Courtepointe de vitraux remplace avec bonheur la bouteille de vin, la boîte de chocolats, ou le cossin inutile parce qu’on ne sait pas quoi enrubanner d’autre. Courtepointe de vitraux se lit volontiers d’un couvert à l’autre, ou se déguste un vitrail à la fois, chacune des nouvelles se suffisant à elle-même. L’idée vous plaît? C’est vendu!

Je vous invite en grand nombre à cet événement festif où vous découvrirez également les talents des artisanes et artisans participant à ce marché de Noël.

sapin de Noël en carton, création Véronique Morel

J’ai hâte de vous voir!

Marché de Noël des Appartements du Square Angus
Le samedi 7 décembre 2019, de 10 heures à 15 heures
3200, rue Omer-Lavallée à Montréal

Le transport en commun dessert bien la résidence. Les lignes 67 St-Michel (nord et sud) et 97 Mont-Royal (est et ouest) s’arrêtent coin St-Michel/William-Tremblay. Suivez le plan pour vous rendre à la résidence.

© Véronique Morel 2019, texte et photos

Disparus

Misère! Veux-tu me dire où j’ai pu les cacher? Depuis plus d’un mois, je fouille partout: bibliothèque, tiroirs de cuisine et garde-manger, derrière les cadres, sous le lit, dans les poches de mon manteau, dans la sécheuse… tu sais, quand tu es désespérée!… et toujours rien. Va-t-y falloir que j’appelle saint Antoine?

Au début, j’ai cherché à travers les documents éparpillés près de mon ordinateur sans succès. Je me disais, ils doivent s’être glissés entre les pages d’un livre ou d’une revue. Regarde, ouvre le livre en éventail, secoue-le comme un vieux pommier, tu verras, tu vas trouver. Et bien non!

L’autre jour, je suis prise d’un fou rire, me souvenant d’avoir tant cherché la nourriture de mon chien. Mon toutou, un teckel, n’aurait jamais pu se dresser sur ses courtes pattes et aiguiller son museau effilé dans le sac de cinq kilos de nourriture. Qui donc la chapardait? J’avais bien trouvé quelques croquettes dans mes bottes de pluie, sans plus. Le sac se vidait à vue d’œil. Mes recherches n’avançaient à rien jusqu’à ce que, dans le silence d’une nuit sans lune, j’aperçoive une souris se faufiler à l’arrière du piano trônant dans le salon. Intriguée, j’ouvre le panneau du bas et, oh surprise!, les munitions chipées dans le sac avaient été transportées là par la famille de souris qui logeait dans le grenier de ma maison. Malheureusement, dans le cas qui m’occupe, je ne peux aller vérifier dans le piano si mes disparus s’y trouvent, l’instrument ne faisant plus partie de mon décor.

Je m’interroge toujours à savoir où peuvent-ils se trouver, les chenapans! En fait, la dernière fois que je les ai vus, c’est le soir du coup de vent innommable en début d’automne. Je sirotais ma tisane en prenant des notes dans mon calepin quand le vent s’est levé derrière un nuage menaçant, plongeant la ville dans l’obscurité. J’ai vite rentré ma tasse, mes notes, ma chaise, avant de revenir sur le balcon prendre la dernière brassée de ce qui restait sur la table, entre autres mes livres et… D’y penser m’attriste: se pourrait-il qu’ils aient profité de la panne d’électricité pour s’éclipser comme des oiseaux en quête de liberté? Mon doux! Bien sûr, je n’ai rien contre le fait qu’ils veuillent explorer des territoires inconnus, aller à la découverte d’espaces insoupçonnés, déployer leurs ailes créatrices de beauté dans des jardins mystérieux endormis derrière une grille! Sauf que…

Où êtes-vous? J’aimerais tant vous retrouver.

Récemment, j’ai eu à relire un papier important pour y apporter éventuellement des changements. Ce jour-là, je me suis assise par terre pour ouvrir le dernier tiroir du classeur dans lequel se trouve le coffret de sûreté qui contient mon testament – là n’est pas mon propos toutefois. D’un tour de clé, j’ai ouvert le coffre-fort pour… Ah! Je vous vois rigoler. Non, je n’ai pas trouvé de bouffe de chien! J’ai posé le document officiel sur la table et j’ai rangé le coffret. Avant de refermer le tiroir du classeur, je me suis demandé si, par hasard, je ne trouverais pas mes vagabonds jouant à la cachette. Allez, je mets le contenu du tiroir sans dessus dessous. C’est fou les papiers qu’on ramasse, qui s’accumulent. Cette fois, je les décortique un à un pour en déchiqueter au moins la moitié. L’autre moitié peut encore servir de référence au besoin.

Outre ces papiers officiels, une série de cartes de vœux débordent d’une enveloppe matelassée. Je les lis une à une. Certaines d’entre elles datent de plus de vingt ans. Quelles paroles tendres, sincères provenant d’amies, de frères et sœurs, de mon conjoint et de mes enfants. Que de souvenirs! Je revois les moments doux de ces années défiler devant mes yeux. Je compte bien mettre en valeur ces biens précieux dans un album et les agrémenter de bricolages de mon cru – du collimage à l’état pur!

Tiens donc, qu’est-ce que c’est? Une liasse de lettres attachées d’un ruban m’intrigue. Je renoue avec les émois d’un jeune homme fréquenté durant quelques semaines à l’été de mes quinze ans, juste avant qu’il ne retourne au pensionnat, d’où cette correspondance quasi hebdomadaire. Il relate le contenu de ses cours et détaille avec brio les locaux: réfectoire, salle de récréation, dortoir – le 3e lit à gauche, bibliothèque garnie à souhait. Il dépeint avec virtuosité l’immense terrain sur lequel poussent une végétation luxuriante, un potager généreux; de même que les facéties de la faune: jeunes cerfs, renards, dindons sauvages, hiboux et marmottes.

Mon correspondant maniait avec grâce la syntaxe et enjolivait ses missives d’un vocabulaire riche et coloré. Tout à coup, la lecture de ce poème…

Comme la chenille à mon enfance
Sort de son vieux cocon
À son tour à mon adolescence
Le nouveau papillon
Frappe doucement aux portes du jour
Quant à moi, à l’amour!
M.R.

… la lecture de ce poème m’émeut, mon cœur s’illumine en revoyant le visage poupin de mon prétendant; je frisonne à la pensée du frôlement de sa joue contre la mienne. Je peux passer ses lettres à la déchiqueteuse sans faire injure à son poème que j’avais mis en musique pour mieux l’ancrer dans mon souvenir. Il y a une dizaine d’années, j’ai appris par sa sœur qu’il s’était suicidé. Cette triste fin me chavire encore.

Voilà! Le ménage du dernier tiroir du classeur est terminé. Sauf que mes mots ne s’y sont pas égarés. Où vais-je donc les trouver?

Je les implore de revenir chatouiller mes pensées, réchauffer mes doigts, alimenter la flamme de ma création. J’ai besoin d’eux pour tisser de nouvelles dentelles de mots. Ils me manquent tant!

Revenez Mots chéris!

© Véronique Morel 2019, texte et photos

P.S. S’ils croisent votre route, auriez-vous la gentillesse de m’en informer! Merci à l’avance.

Composition française

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J’aime amener les élèves dans le boisé délimitant la cour de récréation. Parfois, ils ramassent des feuilles pour nourrir leur herbier. À certaines occasions, l’activité consiste à reconnaître les espèces d’oiseaux qui nichent dans les environs. Il m’arrive de leur demander d’identifier les insectes ou les petites bêtes qui s’amusent dans le sous-bois.

Tresses rousses ou brunes sautillantes; cheveux en chamaille comme un tas de foin; coude ou genou écorché; dent de lait en moins; ongles noircis par les jeux dans la terre : ces intrépides m’émerveillent toujours par leur candeur, leur soif d’apprendre, leur besoin de me faire plaisir et d’être aimés en retour.

Aujourd’hui, j’invite les enfants à explorer leur imaginaire. Ils doivent s’allonger ou s’adosser au pied d’un arbre et observer ce qu’ils voient. Je leur demande de noter trois mots sur leur carnet. De retour en classe, ces mots serviront d’aide-mémoire pour rédiger une courte histoire de trois phrases.

Vos phrases doivent contenir un sujet, un verbe et un complément. Vous pouvez enjoliver votre texte de quelques adjectifs.

La chasse aux arbres débute. Mes élèves, concentrés, répondent aux consignes avec talent. Certains toutefois n’ont pas le sens de l’émerveillement. Je m’appliquerai toute l’année à les stimuler par la lecture et le plaisir de jouer avec les mots.

***

La crinière échevelée vole au vent. Mon cheval galope dans le pré. Je suis un cow-boy heureux.

Maman s’inquiète pour son petit garçon. Elle pense qu’il a la rougeole. Mais non, maman, je suis tombé dans un panier de framboises!

 

Je veux être un peintre pour dessiner des belles affaires. Je ferais des feuilles vertes, jaunes pis noires. Pis dans le ciel, il y aurait un oiseau.

 

Je vois des branches. Je vois des feuilles. Je vois des nuages. Pis c’est tout!

 

 

 

 

 

 

Jason se perd en forêt. Il découvre une fronde accrochée à un arbre. Il décide de s’en servir pour se protéger des méchants loups.

Le bonhomme renverse une boîte d’allumettes. Un lutin à trois pattes s’empresse de les ramasser. Crac, des étincelles d’artifice remplissent le ciel.

La fée passe sous une arche en fer. Elle découvre des milliers de feuilles multicolores. Suis-je rendue au pays de l’Automne?

 

Le renne arrive du Pôle Nord. Il se jette dans un lac de feu pour se réchauffer. Pauvre Père Noël, il a perdu son taxi!

 

Le chat s’approche de l’eau. Attention de tomber, c’est froid! Minou se lèche les moustaches de contentement.

Dans mon rêve, il y a un chemin de lumière. Pour le rejoindre, je dois traverser une forêt de ventouses vertes. Le bras crochu d’une sorcière m’emprisonne dans sa barbe moussue.

 

Je grimpe dans l’arbre à guimauve. Je remplis mes bras du fruit délicieux. Je ne sais plus comment redescendre de l’arbre magique.

 

Un gnome sort de sa cachette. En chemin, son chapeau s’accroche à un bouquet de persil. Il devra sauter dans la crème fouettée pour se sortir de ce piège.

On dirait les doigts d’une grand-maman qui tricote un long foulard gris. Peut-être pour les lutins de la forêt. Ou pour ses petits-enfants malades.

La fourmi géante a un œil. Son œil mange les feuilles. Les autres feuilles se déguisent en mini-fourmis.

 

Pendant le repos des sorcières, les balais dansent. Ils nettoient le tapis de feuilles mortes. Pour récompense, ils enfilent des colliers aux teintes de citrouille.

 

Le monstre a croisé ses griffes comme une pince à glace. Il voulait enfermer toute la classe dans ses tentacules. Je me suis déguisé en feuilles pour secourir les élèves prisonniers.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La princesse joue de la harpe avec ses longs doigts. Ses notes multicolores s’envolent en flocons de neige. Les enfants admirent la féerie.

 

 

 

 

© Véronique Morel 2019, texte et photos
Photos d’arbres prises au Jardin botanique de Montréal

 

Laisser des traces

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Il peut sembler lourd de porter les traces du temps, de se fondre dans l’architecture d’un continent, nos yeux, notre nez et notre bouche devenant montagnes, vallées, lacs. Et pourtant! Le décor nous transforme autant que nous le modelons.

Le regard foudroyant du musicien m’a happée. D’un œil conquérant, il m’a laissée marcher dans ses pas, d’Italie en Grèce, de Londres à Constantinople. Le Petit Poucet de la musique polonaise a marqué d’un sceau indélébile ses prestations dans les grandes villes d’Europe, et même de l’Amérique.

Pour mon soixantième anniversaire, mes enfants m’ont offert une carte du Québec. Les points verts reliant les différents endroits où j’ai vécu au cours des six décennies ont tressé une toile d’araignée étonnante de laquelle s’entendaient mes rires d’enfant, mes émotions et mes pleurs, mes recherches de vérité. Mes traces, laissées dans les villages et les villes où j’ai habité, dessinent un berceau, dressent une table où sont attablés des enfants enjoués, sèchent les draps au grand vent et baignent mes élans amoureux.

Le musicien Szymanowski a imprégné le décor de son inspiration, l’a dessiné de notes vibrantes pour me dépeindre les couleurs de son pays, la Pologne.

La jubilaire s’est approprié l’immensité du Québec, a posé une étincelle de vitalité aux quatre points cardinaux du territoire à conquérir. Dans les sillons du temps, elle a semé les graines du pays à naître. Le compositeur a gagné le sien par son art! Elle et lui, compatriotes à leur manière.

 

© Véronique Morel 2019, texte et photo
Traces, photo prise à Villa Atma (musée sur Szymanowski), Zakopane, Pologne, été 2016