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JOURNAL DU 7e CIEL – 4-5-6-7 mai 2020 (J34-35-36-37)

Un nuage menaçant me barbouille le cœur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le fameux feu dans la paille dont parle le directeur de la Santé publique s’intensifie à la résidence de maman. La contagion galope, quarante-sept personnes portent la Covid-19 à ce jour, dont maman. Les soignants l’ont diagnostiquée positive asymptomatique le lundi 4 mai. Avec mes frères et mes sœurs, nous sommes sur un pied d’alerte, prêts à déployer le plan d’urgence élaboré pour soutenir maman.

Incroyable, et pourtant vrai, maman vit l’instant présent comme aucune autre personne. Avec ses 98 ans bien sonnés, elle démontre une résilience hors du commun. « Pourquoi m’en faire pour demain? Aujourd’hui, je mouche à peine. Je crois les autorités qui me disent atteinte de la Covid-19. J’obéis à tout ce qu’elles me demandent de faire. Moi, je ne suis pas malade. »

J’aimerais porter en moi cette philosophie saine et paisible. Pourtant, j’ai beaucoup de mal à trouver cette grâce.

J’aimerais admirer en toute quiétude la transformation des bourgeons, me remplir les yeux de la tendreté du vert des feuilles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’angoisse à voir les jeunes ne pas respecter la distanciation physique en jouant au ballon-panier. Je me sens sécurisée dans le « parc à barreaux » de ma tendre enfance. La possibilité de quitter mon balcon et de revenir à une forme de normalité m’angoisse.

Je me love dans la lune ronde d’une nouvelle vie.
Je voudrais lui ressembler, me promener dans des ciels intemporels, en apesanteur, libérée de mes drames et de mes peurs.
Je voudrais resplendir de sa lumière et me draper de ses voiles.

Telle une Shéhérazade, je poursuivrais mes contes sur la cadence des couleurs du mât olympique.

© Véronique Morel 2020, texte, photos et vidéos