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Tu me manques tant!

Nous avions lancé un pont entre nos cultures, une passerelle nous menant vers l’autre, un tablier solide sur lequel ensemencer nos certitudes, un sentier bleui d’espiègleries et rougi d’apprentissages.

Nos mains créaient un réceptacle aux offrandes des confidences. Notre regard se voulait voyeur de l’infinité de surprises dissimulées dans nos coffres aux trésors. Nous étions jeunes, dociles et rebelles tout autant. Nous mordions dans la vie ouverte sur le large. Tout concourrait à sceller nos aspirations de mères en devenir.

En eau profonde, le temps file. Des nœuds engloutis dans les mailles du filet, infranchissables, nous maintiennent la tête immergée. L’horizon reflète nos peines, nos souffrances, nos silences.

Les vagues puissantes déchirent les courants, détournent nos marées, nous statufient sur la proue de chacun de nos navires.

Ce soir à St-RomualdPar peur, par incompréhension, par détresse, nous avons éteint le soleil qui enflammait nos rêves, nos espoirs. Tandis que la terreur charcute des êtres dans les grandes capitales du monde, les ponts s’effritent dans le miroir aqueux, emportés par la débâcle printanière. Ne survivent que les barreaux de nos prisons dans les reflets de nos pleurs, au garde-à-vous, soldats courageux pêchant les naufragés. En sommes-nous?

Nos cheveux gris façonnent des plaques de glace sur lesquelles tangue l’ivresse de nos souvenirs. Au loin, et si près de nous, un pont s’avance pour offrir à nos cœurs meurtris une voie d’espérance, un canal de compassion, un ailleurs où trouver la paix, celle de nos vingt ans, celle de l’insouciance, celle d’une amitié réinventée.

© Véronique Morel
Crédit photo : Élise Bilodeau (https://www.facebook.com/elisebilodeau02)
Ce soir à St-Romuald
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